Pourquoi les expatriés sont un segment sous-exploité
Il y a en France environ 2 millions de biens détenus par des propriétaires résidant à l'étranger. Certains sont loués, beaucoup sont vides ou sous-occupés. La plupart de ces propriétaires ne sont pas inactifs par choix — ils sont inactifs par défaut, faute d'avoir un interlocuteur de confiance sur place pour gérer leur bien.
C'est précisément ce défaut d'interlocuteur qui crée l'opportunité. Ce propriétaire ne va pas venir frapper à la porte d'une agence. Il ne répond pas aux boîtages. Il n'est pas sur les portails. Il est invisible pour la plupart des agents — et il est pourtant souvent très motivé à vendre ou à arbitrer son patrimoine.
La concurrence est faible sur ce segment parce qu'il est perçu comme difficile d'accès. C'est exactement pour cette raison qu'il vaut la peine d'y investir.
Comment identifier les propriétaires expatriés sur votre secteur
L'identification combine plusieurs sources, toutes légales et accessibles.
Les données cadastrales
Le cadastre (Etalab) enregistre les propriétaires avec leur adresse de correspondance. Une adresse étrangère est le signal le plus direct d'un propriétaire non-résident. Ce croisement — adresse du bien sur votre secteur, adresse du propriétaire à l'étranger — est techniquement accessible via les données publiques.
Les signaux LOVAC (vacance)
La base LOVAC recense les logements vacants depuis plus de 2 ans sur la base des consommations d'énergie et des déclarations fiscales. Un bien vacant depuis 3 ans sur votre secteur, dont le propriétaire a une adresse étrangère, est un signal fort d'expatrié propriétaire qui n'a pas encore pris de décision sur son bien.
Les actes notariaux
Les actes de vente publiés au service de la publicité foncière mentionnent l'adresse de l'acquéreur au moment de l'achat. Un bien acquis par quelqu'un domicilié en Suisse, aux États-Unis ou à Dubaï il y a 15 ans, et qui n'a pas bougé depuis, est très probablement encore détenu par ce non-résident ou ses héritiers.
Les données DVF croisées
En croisant les transactions DVF (pas de nouvelle vente depuis 10+ ans) avec une adresse fiscale étrangère ou une absence de données de consommation, vous obtenez une liste de biens qui stagnent sous la garde d'un propriétaire absent.
Sherlock Homes effectue automatiquement ces croisements sur votre secteur et signale les biens à profil expatrié fort parmi les signaux de prospection.
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Comment approcher un propriétaire expatrié
Le porte-à-porte est exclu par définition. Il faut passer par d'autres canaux, et le faire avec un niveau de professionnalisme maximal — parce que le premier contact est souvent le seul.
L'email : format, ton, structure
L'email est le canal principal. Il permet à l'expatrié de lire dans son fuseau horaire, de prendre le temps de répondre, et de conserver une trace. Quelques règles :
- Objet précis : "Votre bien au [adresse] à [ville] — proposition de gestion ou cession"
- Corps court : 5 à 8 lignes maximum. Vous vous présentez, vous avez identifié que le bien n'est pas en location ni en vente, vous proposez un bilan rapide sur ses options actuelles.
- Pas de jargon commercial : vous n'essayez pas de "prendre un mandat". Vous proposez une information utile à quelqu'un qui a peut-être laissé ce sujet en suspend.
- Signature professionnelle avec photo, numéro direct, lien vers votre page
Le téléphone
Si vous avez un numéro, appelez en fin de matinée heure française — cela correspond aux heures de bureau pour la plupart des destinations d'expatriation européennes et du Golfe. Pour l'Asie ou les Amériques, privilégiez un email d'abord avec une proposition de créneau d'appel.
Le courrier recommandé
Dans certains cas — propriétaire injoignable par email, adresse incertaine — un courrier recommandé international avec accusé de réception à l'adresse étrangère connue est une démarche formelle qui signe un haut niveau de sérieux. Elle est aussi traçable en cas de contestation ultérieure.
Ce que les expatriés attendent d'un agent immobilier
Ils ont une exigence centrale : que tout se passe sans eux ou avec un minimum d'interventions de leur part. Ce n'est pas de la paresse — c'est une contrainte réelle. Ils ne peuvent pas prendre un avion pour chaque visite.
Voici ce qu'ils vous demandent, souvent implicitement :
- Gérer intégralement les visites : être présent, qualifier les acheteurs, faire les retours sans les mobiliser pour chaque détail
- Des photos et vidéos de qualité professionnelle : le propriétaire lui-même n'a souvent pas vu son bien depuis des mois ou des années. Des photos actualisées l'aident à prendre des décisions
- Des comptes-rendus réguliers et structurés : une synthèse hebdomadaire par email avec le nombre de visites, les retours, les offres reçues
- Un seul interlocuteur : ne les faites pas parler à plusieurs personnes dans votre agence. Ils ont besoin de stabilité et de repères
- Un accompagnement pour les aspects pratiques : état des lieux si le bien est loué, coordination avec un gardien ou un voisin de confiance pour l'accès, gestion des diagnostics
Les aspects légaux et fiscaux à connaître
Vous n'êtes pas fiscaliste, mais savoir que ces questions existent vous positionne comme un expert sérieux.
La représentation fiscale obligatoire
Pour un non-résident qui vend un bien en France dont le prix dépasse 150 000 euros, la désignation d'un représentant fiscal accrédité est obligatoire (article 244 bis A du CGI). C'est une formalité que votre notaire habituel peut gérer — mais il faut l'anticiper dès la signature du compromis.
La retenue à la source sur la plus-value
Un non-résident qui réalise une plus-value sur un bien immobilier en France est soumis à un régime fiscal différent de celui des résidents. Le taux de retenue à la source peut atteindre 19 % pour les résidents UE/EEE et jusqu'à 33,33 % pour les autres. La connaissance de ces règles par l'agent renforce considérablement la confiance du client.
La procuration
Si le propriétaire ne peut pas être présent à la signature du compromis ou de l'acte définitif, une procuration notariée (ou apostillée si établie à l'étranger) est nécessaire. Anticipez ce besoin dès le début de la mise en vente — les délais pour obtenir une procuration depuis l'étranger peuvent atteindre plusieurs semaines.
Se positionner comme le "référent France" des expatriés de sa ville
C'est le positionnement le plus durable sur ce segment. Plutôt que de prospecter au cas par cas, construisez une réputation de spécialiste de la vente à distance pour votre ville.
Comment y parvenir :
- Un service spécifique "vente non-résidents" formalisé dans vos supports de communication
- Des partenariats avec des experts-comptables spécialisés non-résidents et des notaires habituées à ces dossiers
- Une présence dans les forums et groupes d'expatriés français (Facebook, LinkedIn, Internations) : pas de spam — des réponses utiles aux questions immobilières posées par des expatriés propriétaires en France
- Des témoignages de clients expatriés satisfaits : un propriétaire en poste à Singapour qui a vendu son appartement bordelais sans faire un seul aller-retour est une référence puissante pour le prochain
Un segment patient qui récompense la persévérance
La décision d'un expatrié de vendre son bien en France est rarement prise dans l'urgence. Il y réfléchit souvent depuis plusieurs années. Le premier contact que vous établissez aujourd'hui peut ne produire son effet que dans 18 mois.
C'est exactement pour cela que peu d'agents travaillent ce segment — le cycle de conversion est long. C'est aussi exactement pour cela qu'il est rentable : quand l'expatrié décide de vendre, il choisit l'agent qui a maintenu un contact régulier, professionnel et sans pression depuis plusieurs mois. Ce sera vous, si vous avez été constant.